Les fongicides occupent une place centrale dans la protection des cultures contre les maladies cryptogamiques. Oïdium, mildiou, septoriose, rouilles ou fusarioses peuvent dégrader fortement le rendement, la qualité et la valeur marchande d’une récolte. Sur blé, une forte attaque de rouille brune peut aller jusqu’à 50 % de pertes de rendement, tandis que la fusariose des épis expose aussi à un risque sanitaire via les mycotoxines produites par certains Fusarium.
Le sujet est vaste, car il existe plusieurs façons de classer les types de fongicides, selon leur mode d’action, leur spectre, leur origine ou encore leur usage. Cette lecture aide à mieux comprendre pourquoi certains produits sont préventifs, d’autres curatifs, pourquoi certains favorisent l’apparition de résistances, et pourquoi la rotation des matières actives reste une règle de base.
Quels sont les différents types de fongicides ?
Définition rapide et rôle des fongicides dans la protection des cultures
Un fongicide est un produit phytosanitaire destiné à éliminer, bloquer ou limiter le développement de maladies provoquées par des champignons pathogènes, ou par des organismes apparentés, parasites des végétaux. En agriculture, en horticulture et en sylviculture, ces produits servent à protéger les plantes pendant la phase végétative, à réduire les pertes au champ et parfois à améliorer la conservation après récolte.
Leur rôle va bien au-delà du simple traitement d’une maladie visible. Les fongicides contribuent à :
- limiter les pertes de rendement,
- préserver la qualité commerciale et visuelle,
- réduire le déclassement des produits,
- prolonger la durée de stockage,
- maintenir un feuillage fonctionnel favorable à la photosynthèse,
- soutenir une production plus régulière dans des conditions difficiles.
Les fongicides existent depuis longtemps. Le soufre était déjà utilisé par les Grecs et les Romains, et l’essor de la chimie au début du XIXe siècle a marqué la généralisation de composés inorganiques. Les documents spécialisés rappellent aussi qu’ils sont employés depuis plus de 200 ans. Les premiers fongicides systémiques, capables de circuler dans la plante, sont apparus à la fin des années 1960.
Les types de fongicides selon leur mode d’action
Fongicides de contact, pénétrants, translaminaires et systémiques
La première grande distinction concerne la façon dont le produit se positionne et agit sur la plante.

| Type de fongicide | Mode d’action principal | Localisation | Usage dominant |
|---|---|---|---|
| De contact | Agit sur les spores et organes fongiques en surface | Surface de la plante | Préventif |
| Pénétrant | Absorbé localement sans circulation importante | Dans le tissu traité | Préventif à intermédiaire |
| Translaminaire | Traverse la feuille d’une face à l’autre | Feuille | Protection ciblée du feuillage |
| Systémique | Pénètre puis circule dans la plante | En interne | Préventif et curatif |
| Mésostémique | Affinité avec la cuticule, redistribution gazeuse, activité translaminaire | Cuticule et couvert végétal | Préventif renforcé |
Les fongicides de contact restent à la surface de la plante. Ils forment une barrière protectrice et agissent surtout sur les spores avant leur pénétration dans les tissus. Leur intérêt est clair en prévention, notamment quand une période à risque est annoncée.
Les fongicides pénétrants sont absorbés par la plante, mais sans réelle circulation interne. Ils protègent principalement la zone traitée.
Les fongicides translaminaires traversent le limbe de la feuille. Cette propriété est utile lorsque la pulvérisation atteint surtout une face du feuillage. Certaines matières actives assurent ainsi une meilleure couverture réelle qu’il n’y paraît.
Les fongicides systémiques pénètrent dans la plante et s’y déplacent. Ils protègent les tissus de l’intérieur et peuvent, selon les substances, combiner une action préventive et curative. Des spécialités commerciales sont construites sur ce principe, comme certains produits à base de prothioconazole, de fosétyl-aluminium ou d’associations SDHI + triazole.
Le cas des mésostémiques mérite aussi d’être signalé. La trifloxystrobine, par exemple, est décrite comme ayant une forte affinité avec la cuticule des feuilles et des baies, avec une redistribution en phase gazeuse dans le couvert végétal et une activité translaminaire. Ce profil est recherché pour renforcer l’action préventive sur la germination des spores.
Fongicides préventifs et curatifs, quelles différences
On distingue aussi les fongicides selon le moment où ils agissent par rapport à l’infection.
Les fongicides préventifs sont appliqués avant l’installation de la maladie. Ils empêchent la germination des spores ou la pénétration du champignon dans la plante. C’est souvent le cas des produits de contact et de nombreuses matières actives à forte dominante de surface.
Les fongicides curatifs interviennent lorsque le champignon est déjà installé. Leur objectif est de stopper ou de freiner son développement à l’intérieur des tissus. Cette action n’est jamais illimitée dans le temps, ce qui explique l’importance de la fenêtre d’intervention et du stade de la culture.
Dans la pratique, beaucoup de produits modernes combinent les deux approches, avec une base préventive forte et une capacité curative plus ou moins marquée. Un produit comme Corail, de la famille des triazoles, est présenté avec une pénétration rapide, une migration lente et régulière dans la plante, et une action à la fois préventive et curative.
Quelle différence entre fongicide de contact et fongicide systémique ?
La différence tient d’abord à la mobilité du produit dans la plante.
Un fongicide de contact reste à l’extérieur. Il protège la surface traitée, mais ne défend pas les nouvelles pousses apparues après l’application. Son efficacité dépend beaucoup de la qualité de couverture, du lessivage éventuel par la pluie et du bon positionnement avant contamination.
Un fongicide systémique entre dans la plante et circule dans ses tissus. Il peut donc protéger des zones moins directement atteintes par la pulvérisation et agir sur une infection récente déjà enclenchée. Cette capacité le rend souvent plus souple d’emploi, mais elle s’accompagne aussi d’un risque accru de résistance lorsque les mêmes modes d’action sont répétés.
- Contact : protection de surface, surtout préventive, faible mobilité
- Systémique : action interne, préventive et parfois curative, mobilité dans la plante
- Contact : dépend fortement de la qualité d’application
- Systémique : utile quand le champignon a déjà commencé à se développer
Ce choix dépend de la culture, de la maladie, du stade végétatif et de la météo. Une septoriose sur blé en période humide ne se raisonne pas comme un oïdium en début de pression ou comme un risque de Phytophthora sur culture sensible.
Les types de fongicides selon leur spectre d’action
Les fongicides multisites et leur intérêt
Les fongicides multisites agissent sur plusieurs mécanismes biologiques du champignon à la fois. Cette pluralité réduit la probabilité qu’un pathogène développe rapidement une résistance. Ils occupent donc une place stratégique dans les programmes de protection.
Leur intérêt principal repose sur trois points :
- une pression de sélection plus faible sur les populations de champignons,
- un bon rôle de base en stratégie préventive,
- une capacité à sécuriser les programmes lorsqu’ils sont associés ou alternés avec des produits plus ciblés.
Cette logique est particulièrement utile sur des maladies à forte variabilité, ou dans des contextes où les traitements sont répétés sur la saison.
Les fongicides à site unique et le risque de résistance
À l’inverse, les fongicides à site unique ciblent un mécanisme précis du métabolisme du champignon. Cela peut concerner :
- la respiration mitochondriale, comme avec certaines strobilurines et SDHI,
- la synthèse des stérols ou de l’ergostérol, comme avec les triazoles et triazolinthiones,
- la synthèse de certains acides aminés,
- la division cellulaire,
- des mécanismes enzymatiques impliqués dans le cycle de vie du champignon.
Cette précision peut offrir une très bonne efficacité, mais elle favorise aussi l’adaptation des agents pathogènes si la même matière active est répétée trop souvent. C’est la raison pour laquelle les stratégies modernes recommandent l’alternance, les associations de familles différentes et l’intégration avec d’autres leviers agronomiques.
Les simulateurs des défenses naturelles peuvent aussi être intégrés à cette réflexion. Ils ne détruisent pas directement le pathogène comme un fongicide classique, mais stimulent les défenses de la plante.
Les types de fongicides selon leur origine et leur composition
Fongicides minéraux, naturels, biologiques et de synthèse
Les types de fongicides peuvent aussi se classer selon leur origine et leur composition.
Les fongicides minéraux regroupent surtout les produits à base de cuivre, de soufre et de bicarbonates. Ils sont très présents dans les systèmes où le choix de substances autorisées est limité, notamment en agriculture biologique.
Les fongicides naturels renvoient aux substances présentes à l’état naturel ou aux solutions issues de préparations végétales, comme certains purins ou extraits de plantes. Leur niveau d’efficacité est très variable selon la pression de maladie et les conditions d’emploi.
Les biofongicides contiennent des micro-organismes. Ils s’inscrivent dans une logique de biocontrôle et de protection intégrée, avec des usages souvent plus techniques qu’on ne l’imagine.
Les fongicides de synthèse couvrent un large éventail de familles chimiques, avec des profils d’action très différents. Ils sont utilisés pour leur régularité, leur sélectivité et leur efficacité sur des maladies à fort impact économique.
Matières actives courantes : cuivre, soufre, triazoles, SDHI, strobilurines
Parmi les matières actives les plus connues, plusieurs familles reviennent régulièrement.
Le cuivre est un pilier historique. En agriculture biologique, il fait partie des rares solutions antifongiques ou antibactériennes disponibles. Il doit être utilisé surtout en préventif. Lorsque la maladie est déclarée, il protège surtout le nouveau feuillage. Son emploi demande une vraie prudence, car il peut s’accumuler dans le sol. Des seuils indicatifs sont cités pour les teneurs en cuivre du sol :

- 40 ppm maximum en sols sableux,
- 60 ppm en sols loameux,
- 100 ppm en sols argileux.
Une application de cuivre apporte environ 0,5 à 2 kg/ha et peut faire augmenter le niveau du sol de 0,5 à 2 ppm. L’excès est toxique pour la vie du sol, notamment pour les vers de terre, et le cuivre peut devenir phytotoxique par temps froid et humide.
Le soufre reste une référence sur certaines maladies comme l’oïdium. Son ancienneté d’usage n’empêche pas sa pertinence dans certains programmes.
Les triazoles et triazolinthiones inhibent la synthèse des stérols ou de l’ergostérol, composants indispensables aux membranes cellulaires des champignons. Des substances comme le tebuconazole, le difenoconazole, le propiconazole ou le prothioconazole appartiennent à cette logique.
Les SDHI ciblent la respiration mitochondriale. Ils sont reconnus pour leur efficacité sur de nombreuses maladies foliaires, en particulier sur céréales. Le bixafen, le boscalid ou le fluxapyroxad sont des exemples cités dans les catalogues professionnels.
Les strobilurines, comme la trifloxystrobine, l’azoxystrobine, la pyraclostrobine ou le kresoxim-methyl, inhibent aussi la respiration cellulaire. Leur action est souvent très intéressante en préventif sur la germination des spores.
On retrouve aussi de nombreuses matières actives et formulations dans le commerce, par exemple mancozèbe, chlorothalonil, diméthomorphe, metalaxyl, propamocarbe, fosétyl-aluminium, thiophanate-méthyl ou iprodione, sous formes SC, WP, WDG, EC, FS ou SL selon les usages visés.
Les types de fongicides selon leur usage
Fongicides foliaires, traitements de semences et fongicides pour le sol
L’usage pratique permet une autre classification très utile sur le terrain.
Les fongicides foliaires sont appliqués sur le feuillage pour protéger les organes aériens. Ils sont mobilisés contre des maladies comme l’oïdium, la septoriose, les rouilles, la marsonia ou le mildiou, selon les cultures.
Les traitements de semences protègent la jeune plante dès la germination. Ils limitent la transmission de certains agents pathogènes et sécurisent l’implantation de la culture.
Les fongicides pour le sol visent les agents pathogènes présents dans le sol. Ils sont utilisés pour :
- réduire les maladies telluriques,
- prévenir les dommages continus aux cultures,
- lutter contre des parasites du sol,
- corriger des situations aggravées après inondation ou pluies torrentielles.
Les textes spécialisés les décrivent comme rapides et efficaces lorsqu’ils sont correctement utilisés, parfois plus que certaines méthodes alternatives comme la solarisation. Des composants comme la chloropicrine ou la dojopicrine sont cités dans cette catégorie. Leur emploi exige une vigilance élevée, car les produits chimiques de traitement du sol peuvent être nocifs pour la santé humaine s’ils sont mal utilisés, laisser des résidus dommageables et causer des nuisances dans l’environnement voisin.
Quelques spécialités commerciales illustrent aussi la diversité des usages. Aliette Flash est présenté comme un fongicide préventif à systémie ascendante et descendante, actif notamment sur des maladies à Phytophthora et certaines bactérioses. Atrium Energy associe trifloxystrobine et prothioconazole, en combinant une strobilurine et une triazolinthione. Aviator Xpro associe un SDHI, le bixafen, et du prothioconazole, avec une recherche de persistance et de polyvalence sur les maladies des céréales.
Les fongicides naturels sont-ils efficaces ?
Les fongicides naturels peuvent être efficaces, mais pas dans toutes les situations ni avec le même niveau de régularité qu’un produit de synthèse. Leur intérêt dépend beaucoup de la pression de maladie, du climat, de la culture et du moment d’application.
Le soufre et le cuivre restent les exemples les plus connus. Ils sont autorisés dans de nombreux cahiers des charges de production biologique, avec des limites et des précautions strictes. Le cuivre, notamment, ne doit pas être considéré comme une solution sans impact. Son accumulation dans le sol et sa toxicité potentielle pour la vie biologique imposent un usage mesuré, souvent en dernier recours.
D’autres solutions naturelles, comme les purins et extraits de plantes, peuvent trouver leur place dans une stratégie préventive ou dans des contextes de faible pression. Leur efficacité est rarement suffisante seules face à une maladie déjà bien installée.
Les biofongicides offrent une voie intéressante, surtout dans une logique de protection intégrée. Ils demandent toutefois une bonne maîtrise technique, car leur performance peut être plus sensible aux conditions d’application que celle de nombreux produits conventionnels.
Comment éviter la résistance aux fongicides ?
La résistance est l’un des grands enjeux liés aux types de fongicides modernes, surtout pour les familles à site unique. Les champignons s’adaptent, parfois vite, lorsque la pression de sélection devient forte. C’est particulièrement vrai sur des cultures recevant plusieurs interventions dans la saison.
Quelques principes permettent de réduire ce risque :
- Alterner les modes d’action, sans répéter la même famille chimique de façon rapprochée
- Associer des matières actives complémentaires, par exemple multisite + site unique ou deux familles différentes
- Positionner les traitements au bon moment, car une application tardive favorise les échecs et augmente la pression de sélection
- Respecter les doses homologuées, ni sous-dosage ni surdosage
- Limiter le nombre d’applications d’une même matière active sur la campagne
- Intégrer les leviers agronomiques, comme le choix variétal, la rotation, l’aération du couvert, la gestion des résidus et la surveillance sanitaire
Une stratégie efficace repose donc moins sur le choix d’un « meilleur » produit que sur la construction d’un programme cohérent. Le même raisonnement vaut sur céréales, vigne, arboriculture, maraîchage ou cultures spécialisées. La météo, le stade de la plante, la biologie du pathogène et la qualité de pulvérisation pèsent souvent autant que la matière active elle-même.
Les types de fongicides doivent être vus comme des outils complémentaires, pas comme des réponses interchangeables. Un produit de contact protège une surface, un systémique apporte de la mobilité, un multisite sécurise la gestion de résistance, un biofongicide peut renforcer une approche intégrée. C’est cette lecture, fine et pratique, qui permet de protéger durablement les cultures tout en limitant les impasses techniques, économiques et environnementales.





